Les annuaires de villes sont des ouvrages de référence d'une grande utilité pour qui s'intéresse à la généalogie, à l'histoire sociale, à l'histoire d'un bâtiment ou encore à la géographie urbaine. La présente collection contient tous les annuaires de la ville de Montréal et sa banlieue publiés depuis 1842 jusqu'à nos jours. Ces annuaires recensent le lieu de résidence des Montréalais d'hier et d'aujourd'hui et fournissent, année après année, un portrait statistique détaillé de la ville.
Thomas Doige, papetier de la rue Saint-Jean-Baptiste, publie un premier annuaire de Montréal en 1819. Cet ouvrage pratique comporte une liste alphabétique des commerçants et des propriétaires et indique aussi leur profession et leur adresse. Doige y prend parfois l'initiative d'assigner des numéros aux maisons qui n'en possèdent pas et invite les propriétaires à les afficher. Une deuxième édition de l'ouvrage est publiée l'année suivante, mais ce n'est qu'en 1842 que paraît un nouvel annuaire du même type, le
Montreal Directory, lancé par l'Écossais Robert Stewart Mackay (env. 1809-1854). Après la mort de Mackay, l'annuaire est publié par sa femme, qui le rebaptise
Mackay's Directory en 1856.
En 1863, l'annuaire de Montréal est pris en charge par John Lovell (1810-1893), dont l'entreprise familiale en assure encore aujourd'hui la publication annuelle. Dès 1875, la publication prend le titre de
Lovell's Montreal Directory. D'abord rédigée uniquement en anglais, elle devient bilingue en 1935. Elle prendra ultérieurement le nom d'
Annuaire « criss-cross », puis de
« Criss-cross » Montréal métropolitain.
Les annuaires de Montréal sont généralement composés de trois grandes sections : une liste de résidents, en ordre alphabétique; une liste de professionnels et commerçants, répartis par catégories (apothicaires, artistes, brasseurs, marchands de cigares, relieurs, etc.); et une liste d'institutions diverses (banques, compagnies d'assurance, télégraphes, bureaux de poste, églises, tribunaux, hôpitaux, écoles, sociétés littéraires et scientifiques, clubs sportifs et autres).
À ces trois sections s'ajoute, en 1864, une liste présentant les résidents par nom de rue et adresse civique. Certaines éditions de l'annuaire sont en outre accompagnées d'un plan de la ville.
Dès le début, les annuaires Mackay et Lovell sont de véritables succès d'édition, et ce, malgré les incohérences de la numérotation des adresses et malgré les renseignements pas toujours fiables qu'ils renferment en raison des nombreux déménagements de résidents, des incendies (notamment celui de 1852, qui ravage plusieurs quartiers de la ville) et du refus de certains habitants de fournir les informations de base. Les renseignements qu'on y trouve sont néanmoins fort utiles, même pour les francophones qui ont pourtant vu leur nom mal orthographié jusqu'à ce que deux « gentlemen canadiens-français », selon la préface de 1852, soient embauchés pour les corriger.
Entreprise éditoriale d'une exceptionnelle longévité, les annuaires Mackay et Lovell sont le reflet d'une ville en constante évolution. Les premiers annuaires sont publiés avant la grande période d'industrialisation, alors que les lieux de travail et de résidence, que l'espace public et l'espace privé ne se démarquent pas toujours clairement. En parcourant les premières éditions, on découvre qu'existaient alors à Montréal une multitude d'ouvriers, d'artisans et de petits commerçants (
shoemaker,
carriage maker,
blacksmith,
laborer,
carter,
grocer, etc.) dont les métiers témoignent de la vitalité qui animait la ville. On peut également deviner la croissance de la métropole selon l'épaisseur de l'annuaire, qui contenait 2 625 noms en 1842, alors qu'il en contenait plus d'un million dans les années 1990.
Références
Bibliothèque et Archives Canada,
Annuaires canadiensDictionnaire biographique du Canada en ligne