La Vie en rose (1980-1987)


Le premier numéro du magazine La Vie en rose, sous-titré « magazine féministe d'actualité » et dirigé par un collectif de six femmes, paraît au printemps 1980, encarté dans la revue contestataire Le Temps fou, elle-même issue de Mainmise. Autonome dès le cinquième numéro, La Vie en rose est publiée trois fois l'an jusqu'en 1984, puis huit fois l'an jusqu'en 1986, où elle devient une publication mensuelle. D'abord tiré sur papier journal et illustré de dessins et photos en noir et blanc, le magazine adopte, dans son numéro de juillet 1983, un graphisme semblable à celui des revues à grand tirage et est imprimé sur papier glacé. De 10 000 exemplaires en 1981, son tirage moyen atteint ensuite près de 20 000 exemplaires par numéro.

S'éloignant du militantisme « pur et dur » des revues des années 1970, La Vie en rose jette un regard féministe sur l'actualité politique, sociale et culturelle, sans s'aligner explicitement sur un parti ou une idéologie politique. « Nous ne prétendons pas cerner la réalité ou lui faire suivre une ligne, est-il précisé dans l'éditorial du premier numéro (mars-mai 1980); nous nous contenterons de regarder et de commenter le monde qui nous entoure sans chercher refuge derrière les paravents sacrés de l'objectivité et de la représentativité. » Les thèmes abordés ne sont par ailleurs pas étrangers aux enjeux féministes et traitent presque exclusivement, au contraire, de sujets intimement liés à la condition des femmes dans la société contemporaine : « La Vie en rose existe précisément pour, entre autres, dénoncer ce qui reste d'intolérable dans la vie des femmes. » (éditorial du numéro de juillet 1983)

Outre les rubriques récurrentes (l'éditorial, le courrier, les comptes rendus de films, livres et pièces de théâtre), le magazine propose à ses lecteurs et lectrices des dossiers spéciaux qui abordent des sujets comme le travail, la langue, le pouvoir, le syndicalisme, les lois. La Vie en rose explore parfois des questions difficiles, voire litigieuses, telles la religion, la prostitution, la pornographie et les maladies transmissibles sexuellement. Des entrevues de fond, avec des personnalités d'ici et d'ailleurs (Clémence Desrochers, Lise Payette, Diane Dufresne, Simone de Beauvoir, Christiane Rochefort et plusieurs autres), sont aussi publiées régulièrement dans ses pages.

Une des caractéristiques importantes du magazine est l'espace qu'il accorde à l'humour. Les caricatures et les textes ironiques en sont partie intégrante, de même que les célèbres « chroniques délinquantes » d'Hélène Pedneault (réunies ultérieurement en recueil), très appréciées du lectorat. La Vie en rose fait également une grande place à la littérature et encourage ouvertement la « relève »; elle publie un nombre impressionnant de 58 récits de fiction au fil de ses 50 parutions. Certains numéros contiennent des nouvelles portant sur un thème suggéré par la revue, alors que d'autres rassemblent des textes d'un même genre (le roman policier, par exemple), qu'elle tente d'ouvrir à une redéfinition en vertu de paramètres féministes.

Une combinaison de plusieurs facteurs, dont des difficultés financières dues aux abonnements insuffisants et un certain essoufflement de l'équipe d'origine, forcent La Vie en rose à tirer sa révérence au printemps 1987. Elle demeure encore aujourd'hui l'une des figures importantes de la presse alternative québécoise.

Sources principales

Des Rivières, Marie-José, « La Vie en rose (1980-1987) : un magazine féministe haut en couleur », Recherches féministes, vol 8, no 2 (1995), p. 127-136.

Pedneault, Hélène, Chroniques délinquantes de La Vie en rose, Montréal, vlb éditeur, 1988.

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